Toi que nous plaçons loin dans le ciel
mais que nos mains cherchent à tâtons,
Toi que nous disons très haut, très saint, très grand,
mais que pressentent nos désirs obscurs,
Toi le Vivant, la source de la vie
,
dont brûlent de soif nos morts quotidiennes.

Comment es-tu le pain sur la table de nos repas ?
Pourquoi es-tu le vin de nos fêtes humaines ?
Comment es-tu le fruit de nos coteaux et de nos plaines,
la sueur de nos fronts, le prix de nos échanges,
la part que j'ai donnée, celle que je reçois,
ce qui est partagé et ce qui réunit ?


Pain de larmes et pain de fête,
coupe d'amertume et de bénédiction,
cri du condamné, hymne des sauvés,
angoisse du vide, ivresse de plénitude...

Toi, l'inaccessible,
depuis toujours tu t'es fait proche de nous :
tu as laissé dans les splendeurs de l'univers
la trace de tes pas,
tu as dessiné et inscrit ton image
sur le visage et dans le coeur
de l'homme et de la femme.

Mais un jour, tu as dit, au Jourdain,
que là était ton Fils bien aimé
.
En signe de ton amour pour nous, tu l'as donné :
il a été partagé comme un pain,
broyé au pressoir de la croix,
pour être bu, et mangé, et de nouveau partagé...

Et la vie venue de Toi a fait naître
un univers nouveau,
le sang versé coule aux artères
du grand Corps ressuscité,
la joie s'épanche en hymnes pascales,
la paix rassemble les frères ;
et s'en reviennent les communiants
enfin devenus
Eucharistie !


Joseph GELINEAU